Rubrique :
Entreprendre en quartier prioritaire
Date de publication :
02 octobre 2026
Autrice :
Par Malika Thévenard

QPV : quels avantages fiscaux et économiques pour une entreprise en 2026

QPV : quels avantages fiscaux et économiques pour une entreprise en 2026

Point 1

Les entreprises implantées en QPV depuis le 1er janvier 2026 bénéficient d’exonérations fiscales totales pendant 5 ans puis dégressives sur 3 ans supplémentaires


Point 2

Pour profiter de l’exonération d’impôt sur les bénéfices, l’entreprise doit employer moins de 50 salariés et réaliser moins de 10 millions d’euros de chiffre d’affaires ou de total de bilan


Point 3

Les activités éligibles sont commerciales, artisanales ou relevant d’une profession de santé, y compris pour les reprises d’activité avec changement effectif de direction


Point 4

L’exonération de la taxe foncière sur les propriétés bâties (TFPB) reste à 100 % pendant 5 ans, contrairement à la CFE et à l’impôt sur les bénéfices qui deviennent dégressifs après la 5e année

Un quartier prioritaire de la politique de la ville (QPV) en 2026 est un territoire où le revenu des habitants est significativement inférieur à un revenu de référence, défini par un carroyage officiel. Cette définition permet aux entreprises situées dans ces zones de bénéficier de dispositifs fiscaux et économiques spécifiques, tels que des exonérations d’impôts locaux, des aides à l’embauche ou des subventions à l’investissement, visant à réduire les inégalités territoriales et à stimuler l’activité économique là où elle est la plus nécessaire.

Qu’est-ce qu’un quartier prioritaire de la politique de la ville (QPV) en 2026

Définition officielle basée sur le revenu médian

Les QPV sont définis par un revenu médian significativement inférieur à la moyenne nationale, selon un carroyage qui mesure la concentration de pauvreté. Ce critère unique, introduit par la loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine du 21 février 2014, a remplacé les anciennes catégories comme les ZUS et les CUCS dès le 1er janvier 2015. En 2026, cette définition reste inchangée et sert de base à l’éligibilité aux dispositifs fiscaux.

Critères d’éligibilité territoriale en métropole et outre-mer

En métropole, un territoire doit compter au moins 1 000 habitants et appartenir à une unité urbaine de plus de 10 000 habitants pour être classé en QPV. Dans les DOM et COM, des critères sociaux, démographiques ou relatifs à l’habitat sont pris en compte, adaptés aux spécificités locales. Depuis le 1er janvier 2024, la nouvelle géographie compte 1 362 territoires métropolitains, dont 960 quartiers maintenus avec périmètre évolutif, 111 nouveaux entrants et 40 sortants, couvrant environ cinq millions d’habitants.

Outil de vérification de l’adresse via le SIG de l’ANCT

Le système d’information géographique (SIG) de l’ANCT permet de vérifier si une adresse se situe en QPV. Accessible via , cet outil officiel recense les périmètres en vigueur et est mis à jour selon les décrets n° 2023-1312 et n° 2023-1314 du 28 décembre 2023. Il est également utilisé pour suivre les contrats de ville « Engagements Quartiers 2030 » signés localement avant le 31 mars 2024, comme ceux de l’EPT Est Ensemble ou de Plaine Commune en Seine-Saint-Denis.

Quels sont les allègements fiscaux applicables aux entreprises en QPV depuis le 1er janvier 2026

Exonération d'impôt sur les bénéfices (IR ou IS)

L'exonération d'impôt sur les bénéfices est totale pendant 5 ans à compter de l'année suivant la création ou la reprise de l'entreprise. Elle devient ensuite dégressive pendant 3 ans : 60 % la 6e année, 40 % la 7e année, 20 % la 8e année. Ces exonérations s'appliquent aux exercices clos à compter du 1er janvier 2026 pour l'impôt sur les bénéfices.

Concrètement, si un dirigeant crée son entreprise en 2026, il bénéficiera d'une exonération totale sur ses bénéfices imposables pour les cinq premières années. En 2031 (6e année), seuls 40 % du bénéfice seront imposés, puis 60 % en 2032 (7e année) et 80 % en 2033 (8e année). L'imposition pleine et entière reprend à partir de la 9e année.

Exonération de la cotisation foncière des entreprises (CFE)

Ainsi, une entreprise reprise en 2026 verra sa CFE intégralement supprimée de 2027 à 2031. En 2032, 60 % de la CFE due seront exonérés, puis 40 % en 2033 et 20 % en 2034. Au-delà, la cotisation sera due dans son intégralité.

Exonération de la taxe foncière sur les propriétés bâties (TFPB)

La TFPB reste exonérée à 100 % pendant 5 ans seulement, sans phase dégressive. Cette exonération s'applique aux impositions établies à compter de 2027 pour les impôts locaux.

Contrairement à l'impôt sur les bénéfices et à la CFE, la TFPB ne connaît pas de période transitoire. L'exonération prend fin au terme des 5 ans, et la taxe foncière redevient intégralement due l'année suivante, sans dégressivité intermédiaire.

Le réflexe à adopter

Vérifiez dès maintenant votre éligibilité via le SIG ANCT avant de déposer votre déclaration annuelle d'exonération.

Pour les entrepreneurs souhaitant concilier activité économique et impact social, il est utile de se renseigner sur les possibilités de entreprise d'insertion : conventionnement afin de cumuler exonérations fiscales et accompagnement dédié à l'insertion professionnelle.

Quelles sont les conditions pour bénéficier des exonérations fiscales en QPV

Activité éligible et date d’implantation

L’activité doit être commerciale, artisanale ou relever d’une profession de santé, créée ou reprise entre le 1er janvier 2026 et le 31 décembre 2030. Cette condition s’applique indépendamment du statut juridique de l’entreprise, qu’elle soit sous régime réel ou micro-entreprise. La date d’implantation s’entend comme la date de début d’activité déclarée auprès du centre de formalités des entreprises. Les activités non sédentaires sont également éligibles sous réserve de remplir les critères spécifiques détaillés dans la section suivante.

Effectif salarié et seuils financiers

L’entreprise doit employer moins de 50 salariés et réaliser un chiffre d’affaires ou un total de bilan inférieur à 10 millions d’euros. Ces seuils s’apprécient annuellement et doivent être respectés chaque année pour maintenir le bénéfice de l’exonération. Le dépassement d’un de ces seuils entraîne la perte du droit à l’exonération pour l’année concernée, sans effet rétroactif sur les années précédentes.

Respect du plafond des aides de minimis

Le dispositif n’est pas cumulable avec d’autres exonérations comme la JEI, la ZRR ou le BER. Le total des aides perçues ne doit pas dépasser 300 000 euros sur une période de 3 ans glissants, conformément au règlement européen des aides de minimis. Ce plafond s’apprécie indépendamment de la nature de l’aide (fiscale ou financière) et inclut les exonérations CFE, TFPB et impôt sur les bénéfices. Un rescrit fiscal peut être sollicité auprès de l’administration pour confirmer l’éligibilité au regard de ce plafond.

Comment fonctionne l’exonération pour les activités non sédentaires en QPV

Pour les activités non sédentaires, l’exonération d’impôt sur les bénéfices s’applique à taux plein seulement si au moins 25 % du chiffre d’affaires est réalisé dans le QPV. En deçà de ce seuil, l’exonération est proportionnelle au chiffre d’affaires effectivement réalisé en QPV. Cette règle s’applique indépendamment du régime d’imposition choisi, que l’entreprise relève du micro-entrepreneur ou du régime réel.

Seuil de chiffre d’affaires réalisé en QPV

Le seuil de 25 % du chiffre d’affaires réalisé en QPV est la condition pour bénéficier de l’exonération pleine de l’impôt sur les bénéfices. Ce pourcentage s’apprécie sur l’ensemble du chiffre d’affaires annuel déclaré, quel que soit le lieu de facturation ou de paiement. Il concerne les activités commerciales, artisanales ou relevant d’une profession de santé exercées en déplacement, en tournée ou sans local fixe.

Application proportionnelle de l’exonération

Lorsque le chiffre d’affaires réalisé en QPV est inférieur à 25 %, l’exonération d’impôt sur les bénéfices est calculée au prorata. Par exemple, si 15 % du chiffre d’affaires est réalisé en QPV, l’exonération s’applique à 60 % du taux plein (15/25 = 0,6). Cette progressivité évite un effet de seuil brutal et s’applique sur la durée totale de l’exonération, y compris pendant la phase dégressive après les cinq premières années.

Cas des professionnels de santé itinérants

Les professionnels de santé itinérants, tels que les infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes ou podologues exerçant en tournée, sont éligibles sous les mêmes conditions. Leur exonération d’impôt sur les bénéfices dépend du pourcentage de leur chiffre d’affaires réalisé auprès de patients résidant en QPV. En revanche, si leur lieu d’imposition à la CFE ou à la TFPB est situé en QPV, l’exonération de ces taxes s’applique indépendamment du lieu d’exercice de l’activité, conformément aux règles applicables aux établissements fixes.

Pour en savoir plus sur les structures pouvant accueillir des travailleurs en situation de handicap tout en développant une activité économique, consultez notre page dédiée : entreprise adaptée : définition, fonctionnement, création.

Quelles sont les aides complémentaires disponibles pour les entrepreneurs en QPV

Accompagnement à la création d'entreprise

Les réseaux d'accompagnement à la création d'entreprise proposent un suivi renforcé aux porteurs de projet en QPV. Ces structures, qu'elles soient publiques ou associatives, offrent un appui personnalisé dès la phase de montage du projet, incluant l'aide à l'élaboration du business plan, la recherche de financements et la préparation au démarrage de l'activité. Des exemples concrets comme les missions locales, les chambres de commerce et d'industrie ou encore les réseaux de soutien local permettent un accompagnement sur mesure, adapté aux spécificités de chaque territoire. Cet accompagnement vise à sécuriser le parcours entrepreneurial et à augmenter les chances de pérennité, notamment en facilitant l'accès aux dispositifs locaux de soutien et en mettant en relation les entrepreneurs avec des mentors expérimentés.

Aides à l'embauche et subventions locales

Des aides à l'embauche peuvent être mobilisées pour favoriser l'emploi local, sous forme de subventions ou d'allègements de cotisations sociales. Certaines collectivités territoriales attribuent également des subventions pour l'aménagement de locaux, l'achat de matériel ou le financement de projets innovants. Par exemple, une mairie peut accorder une aide à la transformation de local commercial pour une jeune entreprise qui recrute des habitants du quartier. Ces soutiens sont souvent conditionnés à la création d'emplois en CDI ou à l'insertion de personnes éloignées de l'emploi, renforçant ainsi l'impact social de l'implantation en QPV.

Accès facilité aux financements

L'implantation en QPV est perçue positivement par les financeurs en raison de l'impact territorial et social du projet. Les banques et les organismes de crédit considèrent plus favorablement les dossiers situés en QPV, notamment lorsqu'ils s'inscrivent dans une démarche d'utilité sociale ou de développement local. Cette perception permet parfois d'obtenir des conditions de financement plus avantageuses, comme des taux réduits ou des garanties facilitant l'accès au crédit professionnel. Des dispositifs tels que les aides régionales ou les fonds d'intervention viennent compléter cette dynamique en apportant un soutien financier complémentaire aux projets à fort ancrage territorial.

Comment déclarer et renouveler chaque année le bénéfice des exonérations en QPV

Déclaration annuelle auprès du service des impôts

Les entreprises doivent déclarer chaque année les éléments entrant dans le champ de l’exonération auprès de leur service des impôts. Cette déclaration s’effectue dans le cadre de la déclaration de résultats habituelle, en renseignant les cases spécifiques prévues à cet effet. Il faut vérifier que l’adresse de l’établissement est bien localisée en quartier prioritaire de la politique de la ville, en utilisant l’outil officiel du SIG Politique de la ville.

Justificatifs à fournir

Il faut joindre les justificatifs d’adresse en QPV, d’activité éligible, d’effectif salarié et de chiffre d’affaires ou de total de bilan. Ces documents permettent de prouver le respect des conditions d’éligibilité : activité commerciale, artisanale ou relevant d’une profession de santé, effectif inférieur à 50 salariés, chiffre d’affaires ou total de bilan inférieur à 10 millions d’euros. En cas de reprise d’activité, la date de création ou de reprise doit être postérieure au 1er janvier 2026 pour bénéficier du nouveau régime.

Risques en cas d’omission ou d’erreur

Un oubli ou une erreur dans la déclaration peut entraîner la perte du bénéfice de l’exonération pour l’année concernée. L’administration fiscale peut remettre en cause l’avantage acquis si les justificatifs sont manquants ou incohérents. En cas de doute, il est possible de solliciter un rescrit fiscal auprès de l’administration : l’absence de réponse sous 3 mois vaut accord. Cette démarche permet de sécuriser le dispositif, notamment pour les structures comme un groupement d'employeurs : fonctionnement, création implanté en QPV.

Questions fréquentes

Pour une entreprise, s’implanter ou se développer dans un QPV n’est pas seulement une question de responsabilité sociale : c’est une opportunité stratégique concrète, où les avantages fiscaux se traduisent par une trésorerie améliorée, des coûts de fonctionnement réduits et un accès privilégié à des réseaux locaux dynamiques. En choisissant les quartiers comme moyen de croissance, les dirigeants participent activement à la revitalisation des territoires tout en renforçant leur résilience économique. C’est ainsi que le média pour entreprendre dans les quartiers et dans l'économie sociale et solidaire et ses autres guides.

Références

Ce guide fait partie de la rubrique entreprendre en quartier prioritaire.

À PROPOS DE L'AUTRICE

Malika Thévenard, rédactrice en chef de Rez-de-Cité. Elle suit les entreprises des quartiers prioritaires et de l'économie sociale et solidaire en Île-de-France.