Rubrique :
Entreprendre en quartier prioritaire
Date de publication :
02 octobre 2026
Autrice :
Par Malika Thévenard

Exonération de CFE en QPV : quelles conditions pour en bénéficier en 2026 ?

Exonération de CFE en QPV : quelles conditions pour en bénéficier en 2026 ?

Point 1

L’exonération de CFE en QPV est totale pendant 5 ans puis dégressive sur 3 ans sous conditions d’activité et de localisation


Point 2

Les entreprises doivent employer moins de 50 salariés et réaliser moins de 10 millions d’euros de chiffre d’affaires ou de total de bilan


Point 3

La demande se fait via la déclaration 1447C en création ou 1447M en reprise auprès du service des impôts des entreprises


Point 4

Les collectivités territoriales peuvent s’opposer à l’exonération par délibération dans un délai de 120 jours après promulgation de la loi

Pour bénéficier de l’exonération de CFE en QPV, l’entreprise doit exercer une activité commerciale, artisanale ou de santé, avoir moins de 50 salariés et un chiffre d’affaires ou un total de bilan inférieur à 10 millions d’euros, et être créée ou reprise dans un quartier prioritaire de la politique de la ville, sans interruption de ces conditions pendant la période d’éligibilité.

Quelles sont les conditions pour bénéficier de l’exonération de CFE en QPV en 2026 ?

Activités éligibles

Seules les activités commerciales, artisanales ou de santé sont éligibles à l’exonération de CFE en QPV. Cette règle s’applique aux entreprises créées ou reprises dans un quartier prioritaire de la politique de la ville, quel que soit leur statut juridique ou régime d’imposition. Les professions libérales non réglementées ou les activités principalement industrielles ne sont pas concernées par ce dispositif fiscal. À titre d’exemple, une boulangerie, un salon de coiffure ou un cabinet d’infirmiers installés en QPV peuvent en bénéficier, tandis qu’un bureau d’études techniques ou une entreprise de logistique industrielle en sont exclus.

Seuils d’effectif et de chiffre d’affaires

L’entreprise doit employer moins de 50 salariés au titre de chaque exercice pour pouvoir prétendre à l’exonération. Par ailleurs, son chiffre d’affaires annuel hors taxes ou son total de bilan ne doit pas dépasser 10 millions d’euros. Ces deux critères sont appréciés annuellement et doivent être respectés de façon continue pendant la période d’éligibilité. Concrètement, une entreprise qui franchit le seuil de 50 salariés en cours d’année perd le bénéfice de l’exonération pour cet exercice. De même, si le chiffre d’affaires dépasse la limite fixée, l’entreprise n’est plus éligible, même si elle respecte le critère d’effectif.

Période d’éligibilité

L’activité doit être créée ou reprise entre le 1er janvier 2026 et le 31 décembre 2030 dans un QPV officiellement reconnu. La date de prise d’effet de l’activité, telle que déclarée auprès du service des impôts des entreprises, fait foi pour déterminer l’entrée dans le dispositif. Toute installation antérieure au 1er janvier 2026 ou postérieure au 31 décembre 2030 exclut l’entreprise du bénéfice de l’exonération de CFE en QPV. Il est donc essentiel de vérifier la date d’immatriculation au registre du commerce et des sociétés ou au répertoire des métiers, ainsi que la qualification du quartier sur la liste officielle des QPV.

Quel est le montant et la durée de l’exonération de CFE en QPV ?

L’exonération de CFE en quartier prioritaire de la politique de la ville (QPV) suit un calendrier précis défini par la législation fiscale en vigueur depuis le 1er janvier 2026. Elle s’applique sous forme d’allègement progressif sur huit ans, dans la limite du montant de base nette imposable fixé par l’administration.

Exonération totale

Pendant les cinq premières années suivant la création ou la reprise de l’établissement dans un QPV, l’exonération de CFE est totale, soit 100 % de la cotisation due. Cette période débute l’année qui suit l’immatriculation de l’entreprise ou la reprise d’activité. Elle s’applique aux activités commerciales, artisanales ou relevant d’une profession de santé, sous réserve du respect des seuils d’effectif et de chiffre d’affaires.

Abattement dégressif

Au-delà de cette période initiale, trois années d’abattement dégressif prennent le relais : 60 % la sixième année, 40 % la septième et 20 % la huitième. Cet abattement s’applique toujours sur la base nette imposable de la CFE, dans les mêmes conditions d’éligibilité. Aucune exonération n’est prévue au-delà de la huitième année.

Limite du montant de base nette imposable

L’exonération, qu’elle soit totale ou partielle, s’applique dans la limite du montant de base nette imposable défini annuellement par l’administration fiscale. Pour les créations ou extensions d’établissements en QPV à compter du 1er janvier 2026, ce plafond est fixé à 33 637 €, conformément à la loi de finances pour 2026. Au-delà de ce seuil, la part excédentaire reste imposable à la CFE, même pendant les années d’exonération ou d’abattement.

Vérifier son plafond

Avant de déclarer, consultez le BOFiP actualisé pour confirmer le plafond de base nette imposable applicable à votre situation en 2026.

Pour en savoir plus sur les avantages liés à l’implantation en quartier prioritaire, consultez notre guide dédié : qpv avantages : quels bénéfices pour une entreprise.

Comment faire la demande d’exonération de CFE en QPV ?

Déclaration 1447C

En cas de création d’entreprise, l’entrepreneur doit remplir la déclaration 1447C pour pouvoir bénéficier de l’exonération de CFE. Ce formulaire permet de déclarer l’existence du nouvel établissement et son activité exercée dans un quartier prioritaire de la politique de la ville. Par exemple, un artisan qui ouvre un atelier de réparation électroménager dans un quartier QPV doit utiliser ce formulaire. La déclaration doit être déposée auprès du service des impôts des entreprises (SIE) territorialement compétent, c’est-à-dire celui dont dépend l’adresse géographique de l’établissement.

Déclaration 1447M

En cas de reprise d’activité, c’est la déclaration 1447M qui doit être utilisée. Elle sert à signaler la continuité ou la modification de l’exploitation dans un QPV après un changement de propriétaire ou d’exploitant. Par exemple, un commerce de proximité repris par un nouveau gérant dans un quartier QPV doit transmettre cette déclaration au SIE. Comme la 1447C, elle doit être adressée au service des impôts des entreprises dont dépend l’établissement.

Service compétent

Ces déclarations doivent être déposées auprès du service des impôts des entreprises (SIE) dont dépend l’établissement, en fonction de son adresse géographique. La demande est accordée de droit, sauf délibération contraire de la collectivité territoriale ou de l’EPCI. Par exemple, si la mairie d’une commune ou l’établissement public de coopération intercommunale vote une délibération contraire, l’exonération peut être refusée ou limitée.

Quelles collectivités peuvent s’opposer à l’exonération de CFE en QPV ?

L’exonération de CFE en QPV n’est pas automatique : elle peut être remise en cause par une décision locale prise par la collectivité compétente.

Délibération locale

Le conseil municipal ou l’organe délibérant de l’EPCI peut s’opposer à l’exonération de CFE en QPV par une délibération expresse. Cette opposition porte sur le bénéfice de l’allégement fiscal pour les établissements situés sur son territoire. Elle doit intervenir dans le cadre prévu par l’article 1639 A bis du CGI, qui permet aux collectivités de refuser l’application de l’exonération, même lorsque l’entreprise remplit toutes les conditions d’éligibilité (activité commerciale, artisanale ou de santé, effectif salarié inférieur à 50, chiffre d’affaires ou total de bilan inférieur à 10 millions d’euros, création ou reprise entre le 1er janvier 2026 et le 31 décembre 2030 dans un QPV officiellement reconnu).

Délai de recours

Cette délibération doit être prise dans les 120 jours suivant la promulgation de la loi de finances pour 2026, soit avant une date butoir fixée au printemps 2026. Au-delà de ce délai, l’exonération s’applique de droit pour les établissements créés ou repris en QPV, sauf si une nouvelle délibération intervient ultérieurement pour modifier la position de la collectivité. Cette règle vise à garantir une certaine stabilité fiscale pour les entrepreneurs tout en préservant le pouvoir d’appréciation des autorités locales.

Publication de la liste

La liste des territoires ayant opposé une délibération est publiée annuellement par la DGFiP et consultable en ligne via son portail professionnel. Elle précise les EPCI et les communes qui ont choisi de ne pas appliquer l’exonération de CFE en QPV sur leur territoire. Cette transparence permet aux porteurs de projet de vérifier, avant toute création d’entreprise ou reprise d’activité, si leur implantation prévue se situe dans une zone où l’exonération est effectivement applicable. Un tiers-lieu : définition, modèles et montage d'un projet peut ainsi s’implanter en toute connaissance de cause, en s’assurant que la collectivité concernée n’a pas émis d’opposition.

Peut-on cumuler l’exonération de CFE en QPV avec d’autres dispositifs ?

L’exonération de CFE en QPV ne peut pas être cumulée avec d’autres régimes d’exonération de CFE, tels que ceux applicables aux ZRR ou aux BER. Lorsque plusieurs exonérations sont possibles pour la même activité, l’entreprise doit choisir un seul régime, de façon définitive, dès la première déclaration.

Interdiction de cumul

Il est par exemple interdit de cumuler l’exonération QPV avec celle d’un Bassin d’Emploi à Redynamiser (BER), même si l’établissement se situe dans les deux périmètres. Cette règle s’applique également aux exonérations de CFE liées aux zones de revitalisation rurale (ZRR). Le choix doit être effectué lors de la première déclaration 1447C ou 1447M et ne peut être modifié ultérieurement.

Option définitive

Lorsque plusieurs dispositifs d’exonération de CFE sont mobilisables, l’entreprise doit opter pour l’un d’entre eux de manière irréversible. Cette option définitive vise à éviter le dépassement du plafond européen des aides de minimis, fixé à 300 000 € sur trois ans glissants. Le rescrit fiscal permet de confirmer l’éligibilité au régime choisi avant de déposer la déclaration auprès du service des impôts des entreprises.

Exemples d’incompatibilité

Une entreprise créée en QPV qui relève également d’un BER ne peut bénéficier que d’une seule exonération de CFE : soit celle du QPV, soit celle du BER, mais pas les deux. Même si l’activité commerciale, artisanale ou de santé remplit les critères des deux dispositifs, le cumul est exclu. Cette restriction s’applique indépendamment de la taille de l’entreprise, de son chiffre d’affaires ou de son total de bilan.

Quelles sont les formalités après obtention de l’exonération de CFE en QPV ?

Déclaration annuelle

Chaque année, l’entreprise doit déclarer les éléments entrant dans le champ de l’exonération auprès de son service des impôts des entreprises (SIE). Cette déclaration permet de vérifier le respect des critères d’éligibilité : activité commerciale, artisanale ou profession de santé, effectif salarié inférieur à 50, chiffre d’affaires ou total de bilan inférieur à 10 millions d’euros, et localisation effective dans un quartier prioritaire de la politique de la ville. Elle s’effectue via la déclaration 1447C ou 1447M selon qu’il s’agit d’une création ou d’une reprise d’activité. Ces éléments sont ensuite transmis au Bulletin officiel des finances publiques (BOFiP) pour suivi national.

Contrôle éventuel

En cas de contrôle fiscal, l’entreprise doit pouvoir justifier de son éligibilité à l’exonération de CFE en QPV. Cela implique de présenter les justificatifs d’activité (extrait K-Bis, statuts), les attestations d’effectif salarié, les déclarations de chiffre d’affaires ou de total de bilan, ainsi qu’un justificatif de localisation dans un quartier prioritaire de la politique de la ville (via le SIG Politique de la ville ou un avis de zonage). Le non-respect même d’un seul critère peut entraîner la remise en cause de l’exonération, y compris avec effet rétroactif.

Fin du dispositif

Le dispositif d’exonération de CFE en QPV est mobilisable jusqu’au 31 décembre 2030 pour les créations ou reprises d’activité. Passée cette date, aucune nouvelle exonération ne peut être accordée sous ce régime. Toutefois, les entreprises ayant bénéficié de l’exonération avant cette date continuent de profiter des années restantes d’abattement dégressif (60 %, 40 %, 20 %) selon leur année d’entrée dans le dispositif, dans la limite du plafond européen des aides de minimis fixé à 300 000 € sur trois exercices glissants. Pour plus d’informations sur la fin des zones franches urbaines, consultez notre article sur la zone franche urbaine (zfu-te) : fin du dispositif.

Questions fréquentes

Ces critères, bien que techniques, visent à soutenir réellement l’insertion économique dans les territoires les plus fragiles, en ciblant les activités de proximité qui créent du lien et de l’emploi local ; en ce sens, l’exonération de CFE en QPV n’est pas une niche fiscale mais un outil concret pour renforcer la résilience des quartiers et encourager l’initiative entrepreneuriale là où elle est la plus nécessaire, comme le défend avec constance le média pour entreprendre dans les quartiers et dans l'économie sociale et solidaire.

Références

Ce guide fait partie de la rubrique entreprendre en quartier prioritaire.

À PROPOS DE L'AUTRICE

Malika Thévenard, rédactrice en chef de Rez-de-Cité. Elle suit les entreprises des quartiers prioritaires et de l'économie sociale et solidaire en Île-de-France.