Qu'est-ce qu'un tiers-lieu et comment créer un tiers-lieu en quartier prioritaire ?

En bref
Point 1
Un tiers-lieu est un espace hybride entre domicile et travail favorisant la rencontre, le partage et l'initiative collective
Point 2
Il s'appuie sur des modèles économiques mixtes combinant activités marchandes et non marchandes pour assurer son autonomie
Point 3
Sa création repose sur une gouvernance partagée, une ouverture à tous et une ancrage territorial fort
Point 4
En Île-de-France, des dispositifs comme Nouveaux lieux, nouveaux liens accompagnent l'émergence de tiers-lieux dans les QPV
Un tiers-lieu est un espace hybride situé entre le domicile et le lieu de travail, où se créent des liens informels autour d’activités partagées, favorisant la sociabilité pure et l’engagement citoyen. Il se distingue par son ancrage dans l’intérêt général, sa gouvernance partagée et sa capacité à stimuler la créativité et la mixité sociale, notamment dans les quartiers prioritaires où il renforce le maillage territorial et l’innovation sociale.
Qu'est-ce qu'un tiers-lieu exactement ?
Un tiers-lieu est un espace hybride situé entre le domicile et le lieu de travail, issu du concept anglo-saxon de « third place » développé par le sociologue Ray Oldenburg. Il désigne un lieu neutre où se créent des liens informels autour d’activités partagées, favorisant la sociabilité pure et l’engagement citoyen.
Définition officielle et origine du concept
Selon l’ANCT, les tiers-lieux sont des espaces hybrides et flexibles qui accueillent divers usages comme le coworking, les fablabs, les cafés associatifs ou les jardins partagés. Ils stimulent les liens sociaux, encouragent la créativité et permettent de s’impliquer dans des projets d’intérêt général. Le concept s’inscrit dans une logique d’innovation sociale et de transition écologique, en renforçant le maillage territorial.
Les 5 éléments qui caractérisent un tiers-lieu selon l’ANCT
L’ANCT définit cinq piliers essentiels : l’entraide et la mutualisation entre pairs, l’expérimentation et la création, l’ouverture, la mixité et la convivialité, la libre contribution et la gouvernance partagée, ainsi que l’hybridation des activités et des revenus. Ces éléments distinguent le tiers-lieu d’un simple espace de travail partagé en ancrant sa fonction dans l’intérêt général et la dynamique locale.
Différence avec un espace de coworking classique
Contrairement à un bureau partagé centré sur la productivité individuelle, un tiers-lieu en quartier prioritaire intègre une dimension territoriale forte : il répond aux besoins des habitants, favorise l’inclusion numérique, soutient l’entrepreneuriat social et peut accueillir des clauses sociales liées à l’occupation de locaux en pied d’immeuble. Son modèle économique mixte repose sur la diversité des usages et des publics, au service de la cohésion urbaine et de l’ESS.
Quels modèles économiques pour un tiers-lieu en quartier prioritaire ?
Sources de revenus diversifiées et durables
Un tiers-lieu en QPV peut combiner plusieurs sources de revenus pour assurer sa viabilité : location d'espaces de travail ou d'événements, prestations de services (accompagnement à l'insertion, formation numérique), restauration solidaire, ateliers payants, subventions publiques (comme celles du programme Nouveaux lieux, nouveaux liens de l'ANCT) ou mécénat d'entreprises locales. Cette diversification réduit la dépendance à une seule activité et renforce la résilience face aux fluctuations économiques.
Équilibre entre activités marchandes et non marchandes
Le modèle économique mixte repose sur l'articulation entre activités générant des revenus (café, espace de coworking, fabrication numérique) et missions sociales non lucratives (accompagnement à l'insertion professionnelle, ateliers jeunesse, accès aux droits). Par exemple, un atelier de réparation de vélos peut proposer des prestations payantes tout en offrant des créneaux gratuits pour les habitants du quartier en insertion. Cette hybridation permet de financer l'utilité sociale tout en restant ancré dans l'économie réelle.
Adaptation aux réalités économiques des QPV
Dans les quartiers prioritaires, l'adaptation passe par des tarifs solidaires ajustés aux revenus locaux, des partenariats avec les bailleurs sociaux pour l'occupation de locaux en pied d'immeuble, ou la participation à des dispositifs comme les Fabriques de territoire. La préfiguration permet de tester le modèle sur une occupation temporaire avant de viser une pérennisation. Un bon équilibre entre viabilité économique et impact territorial s'appuie sur une gouvernance partagée et un ancrage fort dans les dynamiques de l'ESS.
Le réflexe clé
Commencez par une phase de préfiguration pour tester votre modèle économique mixte avec les habitants avant de chercher à pérenniser le lieu.
Comment monter un projet de tiers-lieu en Seine-Saint-Denis ?
Étapes de la conception à l'ouverture
Commencer par un diagnostic de territoire permet d'identifier les besoins spécifiques des habitants, les locaux vacants disponibles et les partenaires potentiels comme la mairie, les bailleurs sociaux ou les associations locales. Cette première étape évite de reproduire des modèles inadaptés aux réalités des quartiers prioritaires. Ensuite, il faut construire un collectif porteur de projet mixte dès la phase d'idée, en associant habitants, entrepreneurs sociaux et associations pour garantir une gouvernance partagée et un ancrage territorial solide. Utiliser des outils de préfiguration tels que l'occupation temporaire, des ateliers participatifs ou des enquêtes de besoins permet de tester des usages, d'ajuster le projet et de mobiliser la communauté avant l'ouverture officielle. Prévoir une phase d'essai avec un budget modeste aide à valider l'intérêt du lieu sans engager des ressources importantes dès le départ.
Implication des habitants et des acteurs locaux
L'implication des habitants ne se limite pas à la consultation : elle doit se traduire par une participation active à la conception, à la gestion et à l'animation du tiers-lieu. Cela passe par des instances de gouvernance ouverte où les usagers peuvent proposer des activités, voter sur les orientations ou s'impliquer dans la vie quotidienne du lieu. Ancrer le projet dans les politiques locales comme le contrat de ville, le plan climat ou la stratégie ESS de la ville ou du département permet de bénéficier de soutiens institutionnels et de cohérence avec les objectifs de développement territorial. Les acteurs locaux tels que les bailleurs, les commerces de proximité ou les structures d'insertion peuvent devenir des partenaires naturels en proposant des locaux en pied d'immeuble, des ateliers ou des services complémentaires.
Recours aux dispositifs d'accompagnement régionaux
En Île-de-France, plusieurs dispositifs soutiennent la création de tiers-lieux, notamment dans les quartiers prioritaires. Le réseau Île-de-France Tiers-Lieux facilite les échanges entre porteurs de projet, partage des bonnes pratiques et oriente vers des financements adaptés. L'ANCT propose des outils comme les Fabriques de territoire ou le programme DEFFINOV, qui accompagnent la préfiguration, l'ingénierie de projet et la recherche de locaux. Ces dispositifs mettent l'accent sur l'innovation sociale, la transition écologique et l'inclusion numérique, des axes particulièrement pertinents pour les tiers-lieux en ESS. S'appuyer sur ces accompagnements permet de structurer le projet, de renforcer son modèle économique mixte et d'augmenter ses chances de pérennité.
| Dispositif | Public visé | Type d'appui |
|---|---|---|
| Réseau Île-de-France Tiers-Lieux | Porteurs de projet en IDF | Mise en réseau, partage d'expériences |
| Fabriques de territoire (ANCT) | Projets en préfiguration | Accompagnement méthodologique, recherche de locaux |
| DEFFINOV | Innovation sociale en QPV | Financement d'ingénierie, soutien à l'expérimentation |
| Innov'up (Région IDF) | Projets d'innovation sociale | Subvention + prêt à l'innovation |
Quel accompagnement existe-t-il pour les porteurs de projet en Île-de-France ?
Dispositifs publics de financement et d'ingénierie
L'ANCT pilote le programme Nouveaux lieux, nouveaux liens, qui soutient les tiers-lieux via des dispositifs comme les Fabriques de territoire, les Manufactures de proximité et DEFFINOV. Ces programmes offrent un accompagnement en ingénierie, en recherche de locaux et en gouvernance partagée, notamment pour les projets en quartier prioritaire. En Île-de-France, la Région propose Innov'up pour les projets d'innovation sociale et PM'up pour les PME de l'ESS, avec un plafond de subvention pouvant atteindre 375 000 € dans certains cas. Le dispositif local d'accompagnement (DLA) intervient également pour renforcer la structuration des tiers-lieux, notamment sur les aspects économiques et de gouvernance.
Réseaux régionaux de tiers-lieux
Le réseau Île-de-France Tiers-Lieux constitue une structure d'accompagnement et de mutualisation entre porteurs de projet. Il favorise l'échange de pratiques, l'accès à des ressources partagées et la visibilité des initiatives locales. Ce réseau s'appuie sur des dynamiques de préfiguration et d'occupation temporaire, souvent en lien avec des locaux en pied d'immeuble, pour tester des modèles avant une installation pérenne. Il encourage également l'ancrage territorial et la coopération avec les acteurs de l'économie sociale et solidaire, notamment pour intégrer des clauses sociales dans les marchés publics locaux.
Appels à projets thématiques et territoriaux
La Région Île-de-France lance régulièrement des appels à projets ciblant l'innovation sociale, la transition écologique, l'inclusion numérique ou la jeunesse, ouverts aux tiers-lieux en QPV. Ces appels permettent d'accéder à des financements complémentaires, souvent couplés à un soutien en ingénierie. Certains s'appuient sur des fonds européens comme le FSE+ ou le FEDER, notamment pour des projets visant à renforcer la cohésion sociale ou à développer des activités économiques solidaires. Le lien interne suivant est pertinent dans ce contexte : zone franche urbaine (zfu-te) : fin du dispositif. Ces dispositifs permettent aux porteurs de projet de construire un modèle économique mixte adapté aux réalités des quartiers prioritaires, tout en bénéficiant d'un accompagnement global, de la conception à la pérennisation.
Comment assurer la pérennité et l'impact d'un tiers-lieu dans un QPV ?
Évaluation d'impact social et territorial
Définir des indicateurs d'impact dès la conception permet de mesurer concrètement la contribution du tiers-lieu au territoire. Il s'agit de suivre des données telles que le nombre d'habitants bénéficiaires réguliers, les activités économiques ou associatives créées sur place, les liens sociaux tissés entre usagers de différents âges ou origines, ainsi que les emplois directs ou indirects générés. Ces indicateurs doivent être simples, partagés avec les partenaires et intégrés dans le tableau de bord du projet. Ils servent à ajuster les actions en cours et à démontrer la valeur ajoutée du tiers-lieu auprès des financeurs publics, notamment dans le cadre des contrats de ville ou des schémas régionaux de développement économique.
Adaptation continue aux besoins des habitants
Pour rester pertinent, un tiers-lieu doit s'appuyer sur des instances de gouvernance participative véritablement opérationnelles. L'assemblée des usagers, réunie trimestriellement, permet de recueillir les retours sur les services proposés et d'identifier de nouveaux besoins. Le conseil de développement, composé d'habitants, d'acteurs locaux et de représentants des structures de l'ESS, veille à ce que le projet reste ancré dans les réalités du quartier. Cette gouvernance partagée évite la dérive vers un équipement hors sol et renforce l'appropriation par les habitants, condition essentielle à la légitimité et à la durabilité du tiers-lieu dans un QPV.
Transmission et essaimage du modèle
La pérennité passe aussi par la capacité à évoluer et à partager les apprentissages. Il est recommandé de prévoir une évolution du modèle économique : commencer par un financement majoritairement subventionné pour la phase de préfiguration et d'occupation temporaire, puis tendre vers un modèle économique mixte grâce à la diversité des activités (location d'espaces, prestations de services, café solidaire, formations). Cette progression permet de réduire la dépendance aux financements publics tout en maintenant l'accès pour tous. Par ailleurs, inscrire le tiers-lieu dans des stratégies territoriales longues, comme le contrat de ville Engagements Quartiers 2030, le plan de renouvellement urbain ou le schéma régional de développement économique, assure une reconnaissance institutionnelle et facilite les synergies avec d'autres dispositifs locaux. Enfin, participer activement au réseau régional Île-de-France Tiers-Lieux ou au programme Nouveaux lieux, nouveaux liens de l'ANCT permet de diffuser les bonnes pratiques, de s'inspirer d'autres expériences et de contribuer à l'essaimage du modèle dans d'autres territoires prioritaires.
Quels sont des exemples de tiers-lieux inspirants en Île-de-France et en ESS ?
Tiers-lieux associatifs et hybrides
Le tiers-lieu « La Fabrique » à Montreuil associe un espace de coworking à un atelier de réinsertion professionnel porté par une association d'insertion. Ce modèle hybride permet de mutualiser des espaces tout en proposant des parcours d'insertion par l'activité économique, notamment dans les métiers du numérique et de l'artisanat. Le lieu accueille également un café solidaire géré par une entreprise d'insertion : conventionnement, favorisant l'emploi local et la mixité sociale. Ces initiatives s'appuient sur des financements publics comme le programme Nouveaux lieux, nouveaux liens de l'ANCT, qui soutient la diversification des activités dans les quartiers prioritaires.
Projets ancrés dans les quartiers populaires
À Saint-Ouen, le tiers-lieu « Le Ground » occupe un local en pied d'immeuble dans un QPV et combine un fablab social, un jardin partagé et une restauration solidaire. Le projet bénéficie de clauses sociales dans un marché public d'aménagement, garantissant l'embauche d'habitants du quartier pour l'animation et la maintenance. Ce tiers-lieu nourricier favorise l'inclusion numérique et l'accès à une alimentation de qualité, tout en renforçant l'ancrage territorial grâce à une gouvernance partagée entre habitants, associations et collectivités.
Initiatives liées à l'économie sociale et solidaire
Le tiers-lieu « Les Résilients » à Aubervilliers est porté par une SCIC qui regroupe une entreprise adaptée, un groupement d'employeurs et une association de médiation culturelle. Il propose un campus connecté avec des formations numériques inclusives, un garage solidaire pour la réparation de véhicules et un espace de mutualisation pour les acteurs de l'ESS. Ce modèle économique mixte repose sur la location d'espaces, la prestation de services et les subventions ciblées sur l'innovation sociale et la transition écologique, illustrant la capacité des structures de l'ESS à porter des tiers-lieux durables en QPV.
Questions fréquentes
Un tiers-lieu en milieu rural est un espace partagé, ouvert à tous, où se mêlent activités économiques, sociales et culturelles. Il favorise le lien social, l'innovation locale et l'accès aux services dans des territoires souvent isolés, en s'appuyant sur les dynamiques communautaires et les ressources locales.
Pour trouver un local en QPV, consultez l'outil SIG Politique de la ville (sig.ville.gouv.fr) pour identifier les quartiers éligibles. Contactez ensuite la mairie, l'intercommunalité ou les bailleurs sociaux pour explorer les locaux vacants ou les mises à disposition dans le cadre des contrats de ville.
Le statut juridique le plus adapté dépend du projet, mais les formes courantes sont l'association (loi 1901), la coopérative d'intérêt collectif (SCIC) ou la société commerciale de l'ESS. Ces statuts permettent une gouvernance démocratique, une poursuite d'utilité sociale et un accès aux financements publics et solidaires.
En Île-de-France, des aides existent via la Région (fonds pour l'innovation sociale, appels à projets tiers-lieux), la Banque des Territoires, l'Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) et certains départements. Elles peuvent financer l'ingénierie, les travaux ou l'équipement, souvent en lien avec les contrats de ville ou les politiques d'insertion.
Pour associer les habitants à la gouvernance, impliquez-les dès la conception via des ateliers, des assemblées ouvertes ou des comités de pilotage mixtes. Prévoyez dans les statuts des mécanismes de participation réelle (vote, co-décision) et valorisez leurs compétences et savoirs locaux dans les décisions stratégiques et opérationnelles.
Créer un tiers-lieu dans un quartier prioritaire, c’est choisir de miser sur la puissance du collectif pour transformer les espaces oubliés en lieux de vie, d’entraide et d’innovation sociale. En s’appuyant sur les piliers de l’ouverture, de la mixité et de la gouvernance partagée, ces espaces deviennent des leviers concrets pour renforcer le lien social et encourager l’engagement citoyen. Ils ne sont pas seulement des lieux, mais des actes de réappropriation du territoire par ceux qui y vivent. Pour aller plus loin, découvrez comment entreprendre dans les quartiers et explorez les ressources de le média pour entreprendre dans les quartiers et dans l'économie sociale et solidaire.
Références
- Tiers-lieux | ANCT - Agence Nationale de la Cohésion des Territoires
- Nouvelle carte des quartiers prioritaires de la politique de la ville | Ministères Transition écologique, Aménagement du
- PRESENTATION DE LA CARTOGRAPHIE DES QUARTIERS PRIORITAIRES DE LA POLITIQUE DE LA VILLE - Décembre - 2023 - Communiqués d
- Embauche d'un salarié par un groupement d'employeurs : quelles sont les règles ? | Service Public
Ce guide fait partie de la rubrique entreprendre en quartier prioritaire.
À PROPOS DE L'AUTRICE
Malika Thévenard, rédactrice en chef de Rez-de-Cité. Elle suit les entreprises des quartiers prioritaires et de l'économie sociale et solidaire en Île-de-France.
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